Et s’il n’y avait que ça au bout du tunnel, si toutes nos espérances, nos quêtes d’idéaux, ne soient vraiment que des dolipranes sous forme de pensées dont on gaverait nos esprits? Pour que ce chemin accidenté qu’est la vie soit moins pénible, pour qu’il défile devant nos yeux larmoyants, embués par la fièvre, symptôme d’intoxication médicamenteuse.
La distinction entre le passé, le présent, le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle. -Albert Einstein
Le temps n’est qu’une illusion, une invention humaine, pour encore une fois donner du sens, quête de cohérence, de classification, de rationalisation de notre existence. Pour la faire apparaître tel un écoulement logique, une cascade se déversant sur la surface d’un lac sus-jasent sans trop d’éclaboussures.
Perçant son manteau comme une lame chaude dans du beurre à température ambiante. L’avant, l’après, tout cela n’est qu’intriqué, laisser le passé là où il est pour nous autoriser le pardon. Rêver de son futur, le planifier des années en avance sans avoir la moindre connaissance de ce qui pourrai nous attendre, comme un aveugle qui verrai avec clarté l’angle de rue à cinquante mètres de là.
Vivre au jour le jour, encore faisable, vivre le moment présent, impossible. Le présent n’est qu’un mot, présent dans le dictionnaire pour rendre compte de cette impression que l’on a de pouvoir saisir un moment quelconque de notre vie dans nos mains égoïstement et naïvement, convaincus qu’il nous appartient. Le présent est toujours trop loin pour qu’on en voit les détails, toujours en retrait, dans l’ombre de nos épaules. La preuve, ces mots sont déjà vieux.